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  • : Je mets un peu d'ordre dans mes dizaines de feuilles volantes, griffonnées et raturées, qui viennent s'ajouter à un carnet qui ferme avec un élastique. Ma première histoire s'intitule "première histoire" ... original, non?
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Lundi 27 avril 2009
Lille, 26 avril 2009

Concert hier soir au Zénith. En première partie, Patrice (chanteur +/- reggae pop) vient de mettre le feu, la salle est chaude bouillante. Tout le monde attend le Maître. Il arrive quelques minutes plus tard, beau gosse, tenue de scène jaune cintrée et chapeau sur le côté.

 

Premier couac, aucun effet de style. Il entre sur scène comme s’il entrait dans sa cuisine. Il commence direct, très technique, certes, mais ne s’emmerde pas à essayer de mettre l’ambiance, il joue pour lui-même. Deuxième morceau, il se plaint que le public ne soit pas dedans. Troisième morceau, le public est tiède. M.Jones tente de l’enflammer en tombant la chemise (c’est un peu tôt, mais ok) et en agitant lascivement les fesses (soit).

 

Par la suite, il saccage une chanson de Jimi Hendrix, et une autre de Bob Marley en jouant tout sur le même rythme. Puis il enchaîne avec un tube, « Beautiful Emilie », qu’il boucle en deux minutes chrono. Le maître se plaint une seconde fois. Il sort de scène. On se demande si c’est du lard ou du cochon.

 

Ouf ! Keziah remonte en selle. Nouvelle tenue. Il semble avoir pris sur lui et déterminé à donner plus que recevoir. Un morceau, ok. Puis une version correcte de « Rythm is love ». Ah, ça revient ! On voit le bout du tunnel !


Fin du morceau, « Thank you, bye ». Il sort.

 

On hésite entre surprise et stupéfaction. Il va pas nous faire ça quand même… Le bassiste et le batteur restent sur scène et tentent de maintenir l’érection. Lueur d’espoir avant la frustration suprême du coït interrompu.


Un technicien rattroupe les guitares. Le gars qui s’occupe de l’éclairage de la salle hésite, puis la sanction tombe : jour.

Par EmeT
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Samedi 7 mars 2009

Oh Michel, y a Liège-Bastogne-Liège la semaine prochaine, ça te dit d'aller les voir?

Heu, ouais, c'est quoi?

Tu sais la course, là. C'est du vélo.

Du vélo? Tu te fous de moi ou quoi?

Ben quoi?

C'est quoi c'te course de dingue?! Y vont mettre des s'maines!

Mais nan, pourquoi? C'est sur une journée.

Vas-y arrête, y doivent prendre le bateau et tout et tout, nan?

Qu'est-ce que tu racontes?

Et comment qu'y font sur le bateau? Y doivent continuer à pédaler ou ils ont l'droit de s'reposer?

Michel...

Y a une piste ou un petit circuit? C'est un bateau spécial ?

Mais nan...

Ah mais nan, j'suis con, y prennent l'avion! Y doivent avoir des vélos spéciaux, genre des vélos d'appartement avec un compteur dessus qui enregistre la distance parcourue. Et pis à la fin y font les comptes, comme ça y savent qui a gagné. C'est ça?

Mais nan, c'est juste en Belgique. Qu'est-ce...

Ouais ben j'trouve qu'y s'compliquent la vie pour rien, hein. Et pis tu t'rends compte des thunes qu'ils doivent sortir? Rien que pour payer les billets, imagine... ils ont, quoi, allez... un centaine de coureurs au départ, fais le calcul...

Mais qu'est-ce tu racontes, toi?!

Ben quoi, faut bien y aller en Amérique, y font comment ?

Ah! Mais c'est pas Boston ! C'est Bastogne !

Hein? C'est où ça ?

A 100 bornes de Liège, même pas, à côté de la frontière avec le Luxembourg!

Ah ouais?

Ben ouais!

Ah bon? Ah ben... là ça change tout alors... j'me disais aussi...

Alors, on y va? C'est samedi prochain.

Ouais, pourquoi pas... On y va comment ?

...

Par EmeT - Publié dans : short stories
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Jeudi 1 mai 2008

 

Jean-Luc est un garçon optimiste et plein d'humour. Un humour très raffiné, un peu britannique, fait de petits jeux de mots et d'esprit. Mais Jean-Luc est un garçon condamné. A 32 ans, il souffre d'une insuffisance cardiaque qui l'empêche de faire le moindre effort et sortir de chez lui est déjà une épreuve. Ayant jadis pratiqué le sport à haut niveau, Jean-Luc n'accepte pas son handicap. Il a donc décidé de vivre sa dernière grande aventure, son suicide.

 

Jean-Luc a pour projet de se jeter d'un pont, méthode qu'il considère radicale et digne. Mais il ne veut pas sauter de n'importe quel pont. Son suicide, il le prépare avec ambition et minutie. Il commence alors ses recherches, dans des livres de géographie et sur Internet, en quête d'un pont idéal. Il passe tout en revue, selon ses propres goûts, pour faire de ce dernier instant un moment magique et hors du temps.

 

Architecture, panorama, profondeur du gouffre, mais également accessibilité et efficacité. Jean-Luc a surtout le souci de l'efficacité. Il veut être certain de mourir sur le coup, sans douleur. C’est pourquoi il craint que les lois de la physique ne lui jouent un mauvais tour. Il s’imagine être amorti par les milliards de molécules d'eau qui, telles une gelée épaisse, le freineraient et l’empêcheraient de se fracasser le crâne suffisamment violemment contre le lit de la rivière.

 

Ses recherches le conduisent aux quatre coins du monde et lui font découvrir des paysages dont il ne soupçonnait pas l'existence. Pourquoi alors ne pas associer à sa dernière aventure un dernier voyage ? Il a d'ailleurs repéré un pont magnifique dans la région du Yunnan en Chine, offrant en contrebas une vue imprenable sur le Mékong. Mais cette solution lui imposerait plusieurs contraintes, à la fois logistiques et financières. Première épreuve, le voyage, qui pourrait s’avérer long et éreintant. Cloîtré dans son appartement depuis des mois, Jean-Luc a peur de la foule. Particulièrement celle des gares et des aéroports. Il ne considère plus les individus de manière séparée. La foule est pour lui une houle puissante aux remous imprévisibles et il craint de se faire happer par une vague sans que personne ne s’en aperçoive. De plus, Jean-Luc a prévu de céder ses biens à une oeuvre caritative. Et un aller simple pour la Chine représenterait un sérieux manque à gagner pour l'association qu'il a désignée comme bénéficiaire. Jean-Luc se décida finalement à mourir en France, près de chez lui. Dans le Tech, une rivière qui coule au pied de la chaîne des Albères dans les Pyrénées Orientales.


La préparation de son suicide ne l’empêche pas de penser aux autres. Il souhaite par dessus tout préserver les enfants du funeste spectacle que son corps pourrait leur offrir. Démembré, gonflé et bleui par les eaux. Il a ainsi d'abord pensé sauter, enfermé dans un sac de toile épaisse et sombre pour ne pas maculer le tissu de son sang. Il avait même envisagé de laisser une inscription sur ce sac, dans un style qui lui est propre. « Veuillez ne pas ouvrir ce sac, un corps se trouve à l'intérieur. C'est pour votre bien. Merci de confier cette tâche à la police. C’est leur boulot. ». Mais ce n’est pas enfermé dans un sac qu’il profiterait de la beauté du panorama et de la montée d'adrénaline provoquée par la chute libre. C'est son aventure, sa dernière aventure et il veut en profiter. Jean-Luc a donc opté pour une solution alternative. Il convoquerait les secours un jour donné, à un endroit donné, à une heure donnée. Equipé de flotteurs de couleur vive et d’un petit drapeau rouge sur le dos, le tout solidement harnaché, son corps flotterait à la surface de l'eau et serait ainsi suffisamment visible pour que les secouristes s'en emparent rapidement.

 

Le plan de Jean-Luc semble désormais bien ficelé. Il a décidé de mettre son plan à exécution le 24 août 2007 près d'Amélie-les-Bains.

 

Les secours sont prévenus. Le temps est clair malgré quelques nuages d'altitude. Jean-Luc a pris le soin de laisser une lettre d'adieu à ses proches, emprunte d'un soupçon d'humour et de poésie. Il a d'abord pris le bus, puis le taxi. Il avait l'air grave malgré sa détermination. Il prit le temps d'admirer la vue et ses sommets rassurants dont il connaît les moindres irrégularités. Puis il s'est hissé sur le parapet. Il se sentait détendu, en harmonie avec lui-même et avec la nature.

 

Jean-Luc profita de l'instant plusieurs minutes, emplissant ses poumons d'un air frais et vivifiant.
Au bout de quelques minutes, il sentit les muscles de sa cuisse droite bouger avec déraison. Il jeta un regard machinal vers le vide.
Il fut pris d'un léger vertige en relevant la tête, ce qui le déséquilibra. Son esprit se brouilla. Il préféra s'asseoir sur le parapet, les pieds rangés côté route. Il resta ainsi, la main droite posée sur sa cuisse toujours active.

Une image lui vint à l'esprit. Il se sentait plein de vie. Cela ne lui était pas arrivé depuis des lustres.

 

Jean-Luc rappela le chauffeur de taxi qui l'avait mené au pont. L'homme parut un légèrement étonné du changement d'expression sur le visage de son client, mais ne releva pas. Le véhicule le conduisit à son domicile. Arrivé chez lui, Jean-Luc s'empara de son bloc de papier brouillon composé de versos de factures et de documents administratifs désuets. Il s'installa à sa table de cuisine et se mit à remplir ses pages d’anecdotes et d'aventures enfouies en lui depuis des années. Il ne savait pas par où commencer. Il avait tant de choses en tête. Jean-Luc remplit d’abord une page, puis deux. Il sentait que cela lui faisait du bien. Il ne pouvait pas lâcher son stylo. Emporté par son élan, il arriva au bout de sa réserve de feuilles de brouillon. Cela faisait déjà 3 heures qu’il écrivait. Il ne cherchait pas à structurer ses écrits. Il se vidait. Et il continua à écrire ainsi toute la nuit.

 

Un mois plus tard, il reprit ses notes et réussit à mettre un texte en forme et à la taper à l’ordinateur. Ne sachant quel titre lui donner, il rechercha en premier lieu un moyen simple pour classer ses histoires à venir. Il leur attribuerait un titre plus tard. Et logiquement, il intitula son premier texte « première histoire ».

 

Par EmeT - Publié dans : short stories
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